L’ashram aux serpents 

« En Inde il y a 4 sortes de serpents qui sont venimeux et potentiellement mortel. Dans chaque région d’Inde il y a l’un ou l’autre. Ici, nous avons les 4. Alors ne marchez pas pieds nus et prenez une torche quand il fait nuit. »
C’est sur cette introduction absolument rassurante qu’a commencé mon sejour dans l’ashram Vidya Gurukul, dans un coin de nature magnifique, un peu coupé du monde. Mais au plus proche des traditions, que ce soit dans l’enseignement des asanas, les repas en silence, les chants de mantra, et le code de conduite type de l’ashram.

Je dois avouer avoir déjà rompu certaines règles, comme « avoid gossiping and socializing; an ashram is not a place to find friends, it’s a place to work on your inner self » et « do not take any kind of intoxicants or stimulant such as alcool, majijuana or tobacco » car primo mes roommates polonaise, taïwanaise et indienne sont bien trop sympa et intéressantes pour éviter de socialiser, et secundo

parce que l’autre jour nous nous sommes fait en cachette du café soluble. Tant de folie, tant pis pour mon karma 🙂 La nourriture, il faut le préciser, est incroyable. Je crois que je conseillerais aux gens de venir juste pour ça: « le yoga, c’est un peu ennuyeux, mais la nourriture, elle est incroyable ». Peut être aussi pour un coin de nature et de quiétude. C’est un peu comme aller au chalet, version indienne.

Suite

Le temps pour nouvelle étape est arrivé. Je quitte Arambol ce soir pour démarrer un teacher training dans un centre qui fait du yoga thérapie, a Nasik. Meditation, chant, yoga, karma yoga, théorie, dans un cadre strict: pas de thé ni de café, nourriture sans ail ni gingembre, végétarienne bien sûr, repas en silence, habits couvrant épaule et genoux, et pas d’Internet. Hum. Transition plus qu’intéressante après 2 semaines plutôt free. Oh, et il va faire « froid ». J’ai reçu un mail de l’ashram qui dit qu’en fin novembre il fait parfois 10 degrés la nuit, et qu’il y a du vent. Comparé à un mois de novembre Suisse, ca devrait aller; mais c’est vrai que ça changera des 20-25 degrés nocturnes ici.



Yogi’s café

Cette semaine, entre mes cours de yoga et autres activités, j’ai établi mon QG chez Yogi. Il retape son café à Arambol pour la saison qui commence, et ouvrira mercredi prochain. J’ai pu lui donner quelques coups de main et ai profité de son hospitalité en partageant le repas du soir avec lui et son staff. J’ai progressé en backgamon, aussi. Et le chien Rittik, qui d’habitude gronde sur tous les inconnus, s’est pris d’affection pour moi. Petit stage également en cuisine, ou j’aurai appris à faire des dattes fourrées à la noix de coco râpée.



Physiothérapie quand tu nous tiens   

Le staff des profs de yoga de mon cours précédent étant maintenant à Arambol, j’ai profité de passer voir un des cours de philosophie de Madhu, qui est toujours aussi passionné et enthousiaste, et de me faire mon réseau 🙂 Madhu a proposé mes services à ses étudiants, comme physio ou masseuse.

J’ai pu faire un premier massage, 800 inr (11.6chf) pour 45 minutes, c’est un peu plus bas que le fameux point pour lequel se sont battus les physios suisses, mais ça couvre mes frais du jour, sachant que ma chambre est à 500 inr et que je peux trouver des repas bons et complet comme un veg thali à 100 inr et qu’un thé masala coûte 20 inr 🙂 financer ma journée en 45′ de travail, ca le fait.

À Dieu 

Après 1 semaine à Goa, viens également le temps des adieux. Ou plutôt un au revoir. Mon colloc rentre en Suisse. Début de l’aventure en solo. Enfin, pas tout à fait. Les profs de Mysore viennent de débarquer à Arambol. Ils vont enseigner ici quelques mois. Je perds Patric mais retrouve Madhu et Shiva et rencontre leurs nouveaux étudiant. Quand tu voyages seul, tu n’es jamais seul très longtemps au final.
Et puis, les adieux, en un sens, c’est une porte ouverte à de nouvelles rencontres. En voyage comme dans la vie, les gens croisent ta route, marchent avec toi un bout de chemin, mais tu ne sais jamais pour combien de temps. Et tant mieux d’ailleurs.

Arambol, Goa

Goa, après Mysore, c’est vraiment un autre monde. La nature déjà. Une chambre juste sur l’océan, pour y plonger le matin et écouter le bruit des vagues la nuit en s’endormant. La mer, mais aussi un lac, et la forêt. Le Banyan Tree et le baba qui veille sur lui. La « savane », le soleil, haut et fort.
Des changements de programme aussi, Reshy étant au final trop occupée pour pouvoir passer du temps avec nous, Patric et moi nous sommes fait notre propre programme entre yoga, balades, repos et sorties. La dolce vita. Le temps de réparer mes débuts de blessures, apprécier la vie et travailler mon handstand aussi 🙂 ca me plait.







Anjuna, Goa

À Anjuna pour une journée, je rencontre Sufi et son « Sufi’s peace ashram » où il recueille et soigne les chiens des rues mais accueille aussi et soigne tout un chacun. Il a dans l’idée que chacun a quelque chose à enseigner, que chaque rencontre apporte un message. Il aimerait créer un lieu d’échange ou l’on puisse selon ses compétences soit enseigner ou aider et travailler. Ou juste se reposer. Une belle énergie. Simple. Sans arrière pensée.
Plus tard dans la journée quand je l’ai croisé il m’a demandé « Are you happy? » comme il m’aurait dit « How are you today? ». Et ça m’a interpellée. On demande toujours à nos amis « Comment ca va? » et bien sûr des jours ça va et des jours ça ne va pas, selon les évènements et les humeurs – des facteurs extérieurs – mais on demande rarement « Es-tu heureux? ». Intérieurement, es-tu heureux? Derrière les nuages, la pluie, ou après la nuit, le ciel est-il toujours bleu? Alors quand il m’a posé cette question « are you happy? » Je me suis dit tient oui bonne question est ce que je suis heureuse? Et j’ai répondu oui. Et je me suis sentie heureuse. Quelques minutes auparavant, je me sentais juste fatiguée du voyage, j’avais trop chaud, je me posais des questions sur la suite des événements…. et j’oubliais la base. Il faut parfois se rappeler; et parfois il faut que quelqu’un nous le rappelle. Le pouvoir des mots, des rencontres.

Anjuna est aussi le lieu où j’aurais appris à jouer au backgamon avec Yogesh alias Yogi dans son Shiva’s cafe. Un jeu intéressant, qui allie stratégie, réflexion et chance.

 

 

Alter ego

J’ai lu un jour « A friends is another me ». Je crois avoir rencontré cette semaine une autre moi indienne.

Lorsque j’ai vu au programme des cours d’anatomie, et après 3 semaines d’école à l’ancienne, enseignement quasi militaire, « do that » « don’t do that », où l’on apprend sa à répéter mais sans jamais chercher à comprendre ou à réfléchir, j’avoue avoir appréhendé la chose.

Je dois dire qu’après  3 semaines d’ashtanga yoga avec Vijay, j’ai plus appris à me protéger qu’à lâcher prise. À force de forcer, j’ai réussi à faire ressortir mes vieilles blessures. Épaule gauche, genoux. Les corrections de posture à l’ancienne, ou l’enseignant vient tirer sur les épaules ou pousser sur ton dos, pareil pour tous bien sûr, sans tenir compte des individualités et du contexte .. vont à l’encontre de ma religion. Mes profs en physio se retourneraient dans leur tombe. Mes profs de yoga en Suisse egalement. J’ai essayé d’en parler à Vijay, mais pour lui les douleurs  viennent du fait que l’étudiant n’est pas encore suffisamment fort ou prêt pour la pratique ashtanga qui n’est pas une pratique de débutant. Selon lui.

Mais, bonne surprise, l’approche du yoga de Reshy, venue cette semaine enseigner l’anatomie, est moderne, « challenging » et douce en même temps. Les corrections qu’elle apporte aux postures sont fines, précises, raisonnées, expliquées bio-mécaniquement, appliquées en finesse. Lorsque je la vois travailler, je me demande si elle ne sort pas de la même école de physio que moi. Et en même temps, elle ajoute bien sûr à l’aspect corporel l’approche yogi, le lien au souffle, au mental, l’intention, l’énergie. Avec force et douceur. En discutant avec elle, j’apprends qu’elle fait également de la thérapie et à suivi des cours de massage ayurvedique. Il n’en a pas fallu beaucoup plus pour que Patric – mon colloc Suisse allemand – et moi décidions  d’interrompre notre teacher training avec Vijay pour la suivre à Goa ce week-end.  J’ai alors deux semaines à disposition à Goa avant de commencer mon prochain teacher training en yoga thérapie. Je suis contente d’avoir croisé la route de Reshy qui aura modifié ma trajectoire. Heureux hasard. Drôle d’oiseau celui-la. Un jour, un maitre m’a dit que le hasard est en fait un oiseau si libre qu’il se pose toujours où il veut ; mais c’est toujours là où il doit.

Envers du décors 

Pour ne pas montrer uniquement les belles choses et oublier de donner une image réelle du pays, voici quelques images de l’envers du décors. L’Inde, cest aussi une gestion de déchets catastrophique. Du plastique partout dans les rues. Des vaches qui se nourrissent des déchets. Et les gens ensuite qui boivent le lait de ces mêmes vaches. Les odeurs également sont omniprésentes, entre les différents déchets, le traffic, la pollution. L’encens me suffit pas toujours à les couvrir.

 

Auberge espagnole 

Je ne peux m’empêcher de penser au film l’auberge espagnole en vivant avec des Indiens, des Iraniennes et un Suisse allemand. C’est une belle expérience que de partager nos quotidiens, nos expériences, nos points de vue, et juste passer de bons moments ensemble que ce soit en cours, lors des repas pu des visites sur nos moments de temps libre.

Voyager en Asie, c’est aussi réapprendre à faire sa lessive à la main ou à se doucher avec un seau d’eau. La vaisselle à la main,  ça j’avais déjà l’habitude. Et bien sûr la patience, dans les rues ou dans les endroits touristiques, à se faire sans cesse harponner par des marchands, à devoir éviter les scooters et les voitures qui roulent selon un code de la route plutôt anarchique.

 

 



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Ashtanga yoga  

J’ai découvert cette semaine l’ashtanga yoga de Vijay, mon enseignant pour ce mois. Les asanas, ou postures, de la séance ashtanga du matin, s’enchaînent et se suivent avec entre elles des séries de salutations au soleils sautées. Vijay passe même en appui sur les mains à chaque enchaînement. Je n’y suis pas encore; mais j’y travaille. Un  enseignement à l’ancienne, une pratique sans blocs, coussins ou autres aides, juste toi et ton corps sur ton tapis. Les premiers jours, j’avais plus l’impression de me battre avec moi-même que de pratiquer du yoga, pas vraiment le temps pour ajuster souffle, posture et esprit. Petit à petit, jour après jour, je me sens cependant plus à l’aise dans ce style et dans certaines de ces postures qui sont nouvelles pour moi, et commence à pouvoir apprécier l’effort et restant dans l’effort juste, en respirant, en ayant le temps de m’ajuster. Le lâcher-prise viendra.

On approfondit également tout ça l’après midi dans nos cours de méthodologie, ou l’on apprend  comment aider dans les postures.


Keep your balance, breathe, touch your toes, …

Ça y est, nous sommes déjà à notre troisième jour de yoga. Nous, c’est à dire trois yogi iraniennes et un suisse allemand, avec lesquels je suis en collocation. Les cours sont soutenus, entre pratique, asana, pranayama, mantra chanting, méthodologie et philosophie. Tout ceci dans un englais stylisé à l’indienne. Pas toujours facile à se comprendre avec nos accents respectifs. Mais chacun y met du sien. Pour l’instant, on galère pas mal, mais on s’accroche. Nos journées se résument ainsi : faire du yoga, manger, dormir, faire du yoga, manger, dormir. Et boire du thé sur le toit.  🙂   



Premier selfie indien 

Pour les quelques récalcitrants à la technologie, il faudra vous y habituer: tout change. C’est en tout cas une des bases de la philosophie boudhistes. Donc à l’heure actuelle, la rencontre avec un yogi de 20 ans se soldera probablement par un selfie. Bien ou pas bien, je me garde de juger ou de commenter et me contente d’apprécier le moment. Mon premier selfie, en Inde, avec une vache sacrée et mon nouvel ami Shiva, ça sonne quand-même tout à fait exotique. Au final, la vie ici, c’est pas si différent de la vie chez nous. We are human.

Nouveau chez-moi



Je découvre ce lieu qui sera ma routine pour ce premier mois de voyage, rythmé par les horaires du Yoga Teacher Training auquel je suis inscrite. Premier contact avec l’Inde, premières impression. Et la voici, ma première impression: les gens sont gentils. J’avoue que je ne m’attendais pas à ça; je pensais que j’allais devoir écrire « L’Inde est colorée, bruyante, chaotique même, tout est fort, les odeurs, les couleurs, les sons ». Mais au final, à ça, je m’y attendais, je l’appréhendais peut-être également. Ce qui m’a alors le plus marqué en ce premier jour à 8000km de chez moi, c’est que les gens que j’ai rencontrés étaient gentils, accueillants, ils ont pris du temps pour moi. Tant mieux. Je touche du bois.  Mysore est une petite ville, ma rue, la maison et sa terrasse sur le toit me rappellent Katmandu, que j’ai aimé. Je m’y sens bien.