(english version below)
Texte de Clara, étudiante en médecine avec qui j’ai travaillé ces deux derniers mois, 06.03.2020 :
Samos, la honte aux portes de l’Europe
Cela fait trois jours que j’ai quitté précipitamment l’île grecque de Samos après avoir passé deux mois comme bénévole au sein de Med’EqualiTeam, une ONG médicale dispensant gratuitement des soins médicaux aux personnes réfugiées vivant dans le camp de Samos.
Le camp de Samos, destiné à l’origine à seulement 650 demandeurs d’asile est aujourd’hui saturé. D’après les chiffres de l’UNHCR c’est aujourd’hui 7 600 personnes qui s’y entassent. La majorité viennent de Syrie (36%), d’Afghanistan (22%), ou de République Démocratique du Congo (13%). Les mineurs représentent un tiers de la population. Après l’annonce par la Turquie de l’ouverture de ses frontières aux migrants, la situation est plus que critique sur les îles grecques. Lesbos, Chios, Samos font face depuis quelques jours à une arrivée massive de bateaux de migrants. Lesbos qui accueille déjà plus de 20 000 réfugiés fait face aux plus vives tensions. La colère des habitants explose, des groupes d’extrême droite bloquent les routes d’accès au camp pour les nouveaux arrivants et les accueillent sous les huées « Dégagez, rentrez en Turquie ! », s’en prennent aux humanitaires en saccageant leurs voitures ou leurs locaux. Plusieurs journalistes ont également été pris à partie, tout comme une responsable du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. A la frontière terrestre greco-turque la situation n’est pas plus apaisée. Selon l’ONU, 13 000 migrants sont aujourd’hui massés aux postes frontières et repoussés par gaz lacrymogène. Car si Erdogan a bien ouvert ses frontières occidentales, il n’en est rien côté grec.
Suite aux évènements récents de ces derniers jours, une partie de notre équipe, fatiguée et craignant pour sa sécurité, a pris la décision de quitter l’île. Le retour en France est brutal, on laisse dernière nous les plus expérimentés de l’équipe qui malgré l’instabilité de ces derniers jours continue pour l’instant le travail. Cette équipe c’est une trentaine de personnes bénévoles ; ils sont infirmiers, médecins, pharmaciens, kinés, réceptionnistes, traducteurs (eux-mêmes réfugiés pour la plupart).Dans cette clinique, c’est entre 100 et 200 personnes qui sont vues par jour (6 jours/7 de 7h à 16h). Il y a des jours où c’est tellement bondé qu’on peine à se frayer un chemin entre les patients. Ces deux mois à Samos m’ont quelque part réconcilié avec la médecine. On peut réellement faire de belles choses avec peu de moyens. Dans cette prison à ciel ouvert qu’est Samos, je suis persuadée que nos soins, nos paroles, nos regards, nos gestes chaleureux apportent quotidiennement à toutes ces personnes un peu de réconfort.
Mon départ précipité à quelque peu entaché la fin de cette expérience, mais c’est ainsi. Je garde à l’esprit les sourires de certains patients à la fin des consultations, les rencontres inspirantes… en particulier les traducteurs réfugiés (sans qui le travail médical est juste impossible) devenus des amis. Ces amis n’ont pas la chance d’être nés, comme moi, dans le « bon » pays. Ils ont fui la guerre, les persécutions, la torture et se retrouvent à présent bloqués sur cette foutue île depuis des mois, voire des années sans l’ombre d’un entretien avec les autorités grecques. Et pourtant ils se lèvent tous les matins à 6h pour venir travailler à nos côtés à la clinique, nous traduisent les maux et les histoires de vies de leurs voisins de tente… Et malgré cela ils sont beaux, souriants, optimistes. Mais pour combien de temps encore ?
Sur cette île on prend pleinement conscience de cette notion de « frontière ». Pour moi, comme pour le reste de l’équipe, il a été plus qu’aisé de quitter cette île une fois la décision prise. En deux clics sur internet, avec ma simple carte d’identité en main, mon billet retour était acheté et 24 heures plus tard j’atterrissais à Marseille. Ça nous paraît anodin, ça l’est effectivement pour nous français. Ca l’est beaucoup moins pour mes amis traducteurs et les 7 600 personnes du camp de Samos.
Med’EqualiTeam fonctionne uniquement à travers les dons, les financements participatifs et le soutient d’autres ONGs. Ces derniers jours, afin d’anticiper au mieux la pression croissante qui pèse sur l’île, la clinique a d’ores et déjà commencé à stocker du matériel médical. Elle a plus que besoin de s’assurer qu’elle aura toujours suffisamment de médicaments, de pansements et de produits de bases.
– Si vous souhaitez faire un don, suivez ce lien : https://www.medequali.team/en/donate/donate-funds/
– Si vous souhaitez en savoir plus sur l’ONG, suivez ce lien : https://www.medequali.team/fr/
Text from Clara, who I worked with on Samos, Greece. People need to know.
Samos, shame on the doors of Europe
It’s been three days since I left the Greek island of Samos after spending two months as a volunteer at Med EqualiTeam, a medical non-medical NGO providing free medical care to refugees living in the Samos camp.
The Samos camp, originally intended for only 650 asylum-seekers, is now saturated. According to the figures of the UNHCR, there are 7000 people who pile up there today. The majority are from Syria (36 %), Afghanistan (22 %), or the Democratic Republic of Congo (13 %). The minors account for one third of the population. After Turkey’s announcement of the opening of its borders to migrants, the situation is more than critical on the Greek islands. Lesvos, Chios, Samos have been facing a massive arrival of migrant boats for the past few days. Lesvos, which is already hosting more than 20000 refugees, faces the greatest tensions. The anger of the inhabitants explodes, far-right groups block the roads of access to the camp for newcomers and welcome them under the « Get out, go back to Turkey », take care of the humanitarian people by trashing their cars or locals .. Several journalists were also caught, as was a head of the Office of the United Nations High Commissioner for Refugees. At the Turkish-Turkish land border, the situation is no more peaceful. According to the United Nations, 13 migrants are now being massed at border posts and being pushed back by tear gas. Because if Erdogan has opened his western borders well, he is not the Greek side.
Following the recent events of the past few days, a part of our team, tired and afraid for their safety, has made the decision to leave the island. The return to France is brutal, we are left last the most experienced of the team who despite the instability of the last few days continues the work for now. This team is about thirty volunteers; they are nurses, doctors, pharmacists, physios, receptionists, translators (mostly refugees). In this clinic, between 100 and 200 people are seen a day (6 days / 7 from 7 am to 16 pm). There are days when it’s so crowded that you can’t make a way between patients. These two months in Samos have made me up somewhere with medicine. We can really do beautiful things with few means. In this open-air prison of Samos, I am convinced that our care, our words, our eyes, our warm gestures give all these people a little comfort daily.
My rushed departure somewhat damaged the end of this experiment, but so. I keep in mind the smiles of some patients at the end of the consultation, inspiring meetings… especially refugee translators (without whom medical work is just impossible) become friends. These friends are not lucky enough to be born, like me, in the « good » country. They have run away from war, persecution, torture and now have been stranded on this damn island for months or even years without a shadow of an interview with the Greek authorities. And yet they get up every morning at 6 am to come and work by our side at the clinic, we translate the evils and life stories of their tent neighbors… And despite that they are beautiful, smiling, optimistic .. But for how much longer?
On this island we are fully aware of this concept of « border ». For me, as with the rest of the team, it was easier to leave this island once the decision was made. In two clicks on the internet, with my simple identity card in hand, my return ticket was bought and 24 hours later I would travel to Marseille. It seems harmless to us, it is indeed for us French. This is much less so for my translators friends and the 7 people of Samos camp.
Med EqualiTeam works only through donations, participatory financing and supports it from other non-governmental organizations. In the last few days, in order to anticipate the increasing pressure on the island, the clinic has already started storing medical equipment. She needs to make sure she will always have enough medicine, dressings and basic products.
– If you would like to donate, follow this link: https://www.medequali.team/en/donate/donate-funds/
– If you want to know more about the NGO, follow this link: https://www.medequali.team/fr/

































