Le monde d’en bas. Le bas qui permet le haut, lui également qui permet à l’ancre de se déposer, aux vikings de s’amarrer, se déposer, se reposer. Et projeter les prochains mondes à découvrir.
This world down there. The down allowing the up, the down allowing to anchor to hook, to hang, to the vikings to dock, to land, to rest. And to project the next worlds to discover.
Ce monde d’en haut, sauvage et silencieux, on y prend goût, à la beauté. La-haut, le silence, le froid, le vent comme alliés, et autre compagnons de cordée. On s’y attache, on y rêve, on y revient.
This world up there, wild and silent, I could get used to it, to its beauty. Up there, silence, cold and wind arer our allies, and other climbing companion. Easy to get attached to it, to dream of it, and go back to it.
Les marées engendrées par mes pensée ne savent pas ce qu’elles demandent s’effraient entre elles de leurs lumières de leurs colères il y a de ces présences qui apaisent de ces regards qui rassurent dans ces yeux-la calme océan gris et blanc douceur nonchalante te ramène ici et là forces tranquilles entre les errances et les vents souffle le temps un bref instant pas besoin de ponctuation ni d’après ni d’avant reste le charme d’antan son instant latent décadent ou haletant j’attends et je sens que le jeu reprend que je choisisse ou non inlassablement la vague fait fi de mes errances le monde s’enroule et se déroule sans cesse le temps
Tiki, c’est un ketch, c’est-à-dire un voilier avec deux mats. Il a une coque en acier, d’une longueur de 10,5m pour 10 tonnes, le gros moineau. Il a été construit à la main par un passionné qui voulait faire le tour du monde avec lui. Tiki est fait pour affronter le gros temps, sa coque isolée sur 8cm garde la chaleur à l’intérieur, et ses 11 différentes voiles permettent de s’adapter à tous les vents, ou presque. Pourquoi Tiki? Un dieu protecteur néo-zélandais, un totem qui veille sur nous.
Il aura passé presque un an à Paimpol en Bretagne avant que Nino arrive et prépare ce petit bateau pour un grand voyage. Le projet: l’amener jusqu’en Norvège. La Norvège pour hiverner, et explorer ses fjords au printemps, faire une étude de projet de ski/speedriding/escalade et voile. Les variantes: petit souci de moteur, des pièces qui n’arrivent pas, puis la tempête Alex qui s’abat sur la Bretagne. Résultat: on commencera à naviguer le 7 octobre plutôt que le 15 septembre comme initialement planifié. Même pas peur des tempêtes, même pas peur du froid, on y va. Après 2 semaines et demi coincés ensemble au port, l’équipage composé de Nino, Emile et Alexandra, est plus que motivé, et aura découvert l’art de la godille dans le Port de Paimpol, la wax et le peigne à moustache, l’acroyoga, et fait connaissance avec toute la marina. Voilà.
Journal de Bord Alex: J1, il pleut
On est bien en Bretagne
Le Port de Paimpol
Deux semaines et demi au port c’est dans un premier temps des listes d’ordre du jour à dégommer, puis le vide et le néant à tuer. On devient créatif. Des fois on va courir, nager, faire du sport. D’autres on boit du rhum et du cidre. On traîne, on va à 3 avec 1 skateboard au supermarché en dehors de la ville ne rien acheter ou presque. Des interminables parties de dés, le fameux jeu des 10’000. C’est pas si drôle ce jeu en fait, Émile il gagne tout le temps. Je crois qu’il a truqué les dés. Du beurre salé par mottes. Des légumes du marché, de l’ail, beaucoup d’ail dans notre cuisine. De la lecture, tantôt chacun de son côté, tantôt à voix haute les uns pour les autres. L’impression d’être au chalet. Une excursion sur l’île de Bréhat. Du cidre, un jambon beurre, des Kougn Aman. La Bretagne: du beurre et du sucre.
Journal de bord Alex: J5 au port, et si on accrochait les bouteilles de cidre à une drosse (petite corde) pour le mettre au frais dans l’eau? Concours de qui fait le meilleur noeud!
Journal de bord Alex: J9, j’essaie d’étudier la navigation, les allures, le près, le travers, le portant, Nino nous fait des schémas à n’en plus finir.
Journal de bord Alex: J12 au Port, Émile a commandé un peigne à moustache. Nino ressemble à un phoque quand il trime la sienne. Je crois que Nino devient fou parfois. Il est là depuis 6 semaines. On croise les doigts pour que le bateau démarre un jour.
Autant de temps au port, c’est de belles rencontres aussi, des histoires abracadabrantes parfois, comme celle d’Arthur, tout juste rentré d’un convoyage vers le Maroc avec un capitaine fou qui aura finit par couler son propre navire pour que les secours viennent les chercher. La famille de Kaleb, les deux enfants et le labrador Otis, qui ont quitté la vie parisienne pour s’installer sur leur bateau, naviguer, rêver à une vie différente. Les petits vieux alentours qui viennent boire le café sur leur bateau. Erwan, le gardien du Port, c’est comme s’il faisait partie de la famille ou si on faisait partie de la famille, au bout d’un moment, on sait plus trop. Et il y a Thibault aussi, qui nous aura rejoint pour le premier faux départ, avec sa bonne humeur contaminante et sa tranquillité. Il nous aura fait découvrir un documentaire sur le célèbre marin Éric Tabarly, qui aura renforcé l’envie de naviguer peu importe les vents et les tempêtes. Thibault aura eu la chance de participer à la fameuse traversée du Port, tracté par le petit bateau de la capitainerie pour se rapprocher de Dauphin Nautique et son mécano Nono, personnage haut en couleur et brut de décoffrage. Traversée du port, avec un amarrage à couple d’un bateau de pêche, un saut enjaillé de notre capitaine pour l’accoster sous la pluie, un évènement marquant dans le calme plat de nos journées paimpolaises. Thibault nous laissera après quelques jours, son timing étant trop court pour un troisième plan de départ (déserteur!).
Journal de bord Alex: J13 au Port, on a enfin reçu les pièces! Le moteur redémarre! Avis de tempête, la tempête Alex décime les côtes bretonnes. C’est une blague?! Retour de karma?
Journal de bord Alex: J16 au Port, on est quel jour déjà? Personne ne sait plus sur ce bateau. Dehors il pleut. Et pas qu’un peu.
Sur la deuxième partie de notre séjour Paimpolais, arrive l’Hirondelle, un bateau associatif qui fait de la sensibilisation à la vie marine et aux océans, et son joyeux équipage toujours prêt pour de nouvelles aventures au Port. Adrien nous initie à la godille, une rame bretonne qui permet de manœuvrer dans le port sans moteur – c’est ça qu’il nous fallait en fait -, Valentin transforme notre Émile en star de cinéma dans une vidéo « La Godille c’est la vie » – allez voir sur Youtube. Louise et Marie-Kell se découvrent des talents de voltigeuses en acroyoga et se prennent au jeu de la tête en bas. Cette dernière nous offre en prime un super concert improvisé avec son violon, accompagnée par Aurélien à la guitare. Ils viennent régulièrement nous tirer de notre ennui, toquent au bateau, ça me rappelle l’enfance où les voisins venaient sonner et demander si on pouvait venir jouer dehors. Des chouettes soirées avec eux, on rit, on discute, on en oublie l’heure, on n’a pas besoin de l’heure en fait, et quand finalement la tempête se calme, une première sortie d’une matinée pour tester Tiki où on embarquera Marie-Kell et Aurélien avec nous.
Journal de bord Alex: J18 au Port, trop bien aujourd’hui on fait la lessive on va pouvoir utiliser la table de la laundry pour faire des tours autour – on se réjouit d’un rien après 18 jours à Paimpol. Et demain on part. Enfin, ça y est, l’aventure démarre. Joyeux mélange d’excitation et d’appréhension. Un joyeux bordel, comme aime à dire Émile.
1ère NAVIGATION
Paimpol – Cherbourg
90 miles / 18h
Mercredi 7, départ de Paimpol à 8h tapante, en même temps que nos amis sur le voilier l’Hirondelle. C’est pas glorieux, pour tout dire, on retourne le bateau dans l’écluse en l’amarrant maladroitement. Plus de peur que de mal. Tiki est costaud, rien de cassé. Hors du port, nous hissons les voiles pour la première fois, côte à côte avec l’Hirondelle. Elle file la jolie, elle nous distance assez vite. Au revoir les amis, bon vent. Ça y est, on commence enfin à naviguer, après de longues semaines au port, plus ou moins, selon ses coéquipiers.
Le vent forcit, la houle commence à se faire sentir. Alexandra découvre le mal de mer, c’est pas cool. Nausées, l’oreille interne qui fait des siennes, mais à genou, la tête vers le bas, c’est moins pire. Virement de bord, Nino demande à Alex si elle est apte à border le yankee. Un élan de courage, elle crie « oui ! ». « Maintenant! », elle commence à tirer, fait 2 tours de winch, vomit par dessus bord, refait un tour, fixe l’écoute et la tend à Nino qui est revenu, avant de vomir encore plusieurs fois. Grosse pensée pour Renaud « J’ai eu si mal au coeur, sur la mer en furie, j’ai vomi mon quatre heures, et mon midi aussi ». Elle restera hors service pendant plusieurs heures tandis qu’Emile et Nino gèrent la navigation comme des pro. Émile s’avère un fin barreur. Alex fini par reprendre des couleurs, on chante (crie?) des chants de marins « We will be aaaaaaaalright, if the winds were in our sails », on rigole, puis des dauphins viennent nous voir !! Plein ! Nino à la barre, Émile et Alex comme des enfants heureux à genoux à l’avant du bateau à les regarder plonger, sauter, jouer avec les vagues avec autant de rapidité. Alex à la barre, ça loffe et ça abat, ça se mélange les pinceaux entre le vent, la houle, les vagues, avec tout ça qui bouge, et nous aussi on bouge en fait. Mais ça va aller, c’est juste un nouveau monde à découvrir et à apprivoiser, comme l’acro-branche dirait Aurélien. Tombée de la nuit, pluie, humide, froid, beaucoup de vent, on arrive à temps pour la bascule de courants au fameux chenal du Raz Blanchard, des pointes à 10 noeuds. Émile, héros du Raz, barre tout le long. Une petite lampée de rhum pour se réchauffer. Allumer les cigarettes, c’est un challenge en soi. Vent arrière, au portant, mer bien formée, la pluie et le froid qui pénètrent jusqu’à l’os.
Arrivés à Cherbourg à 3h du matin le jeudi 8, on gère l’arrivée au port et l’amarrage du Tiki, Émile s’écroule direct et rêve de boussole. Une matinée de sommeil. Une douche chaude. Laver et sécher les affaires qui ont pris l’eau. Les hublots n’étaient pas assez resserrés, ça a trempé le lit et le carré d’une grande vague éclatée sur le pont. Pensée pour Renaud encore « J’me suis cogné partout, j’ai dormi dans des draps mouillés, ça m’a coûté des sous, c’est de la plaisance, c’est le pied ». La douche chaude ça nous redonne de la vie, un peu. Visite de la cité de la Mer, arrivés après la fermeture des caisses, mais pas du musée, alors on se fait gruger à sauter la barrière « Vous trouvez ça normal? » « Euh non, mais bon, on voulait vraiment voir le sous-marin et y avait personne ». Il est énorme, c’est fou, c’est beau, c’est immense, plein de métal qui va sous l’eau, mais tout ça, tout ça pour faire la guerre? Le principe de la plus grosse, qu’ils disent, décourager l’adversaire pour ne pas avoir besoin de tirer ces missiles, ouais ouais, je sais pas. L’aquarium, des poissons et méduses, hippocampes absurdes et si mignons, mais la grande tortue là, on l’aurait mieux aimée libre que dans ce bocal. Une fondue au Maître Corbeau sur son arbre perché tenait en son bec un fromage. Nino, Émile et Alex, par l’odeur alléchés, dévorèrent tout ceci pour à la diététique sportive selon Erhart Loretan rendre hommage. La fondue, ça crée la bonne humeur, du lard, du fromage, on est prêts pour un 8’000 ou plutôt la prochaine étape qui s’avère longue. Et pour bien rendre hommage à Tabarly, et ne pas en faire une, on révise bien nos manœuvres d’homme à la mer, et surtout on n’oublie pas de s’attacher à la ligne de vie.
2ème NAVIGATION
Cherbourg – Boulogne
140 miles / 28h
Départ vendredi 9 vers 11h, Nino coache Émile et Alex à la barre, garder le bon cap, vérifier la boussole, la girouette, sentir le vent sur ses oreilles et son nez, regarder les vagues aussi et l’horizon, vérifier la route sur la carte et éviter les hauts fonds. Il y a beaucoup de vent, on est tantôt au portant et tantôt au travers. On teste Charly, notre régulateur d’allure, à l’ancienne, des drosses (petites cordes) de chaque côté de la barre, reliées à un mécanisme qui tourne avec le vent et une pale dans l’eau et ça compense tout ça et ça barre presque aussi bien que toi. Selon les vents. Des fois il faut l’engueuler un peu Charly aussi. Alex est vachement contente de ne pas être malade, et il n’y a pas de pluie, juste ça, c’est assez le bonheur. Elle cuisine même pendant la nav des champignons sauce tomate avec des pâtes, au rythme des vagues et de la cuisinière qui bouge avec. La nuit cette fois est claire, étoilée. Cassiopée nous dit bonjour depuis sa voie lactée, la Grande Ourse montre l’étoile du nord, le cygne est tranquille sur sa ligne, le plancton luminescent fait un miroir aux étoiles dans l’écume des vagues soulevées par le bateau, et le lever de lune est orangé. Il joue avec les nuages. Ou muages. C’est pas le même spectacle que quand il pleut. On apprécie. Malgré le froid. Le bateau file, ça donne une impression de rêve croisé à la réalité naviguer de nuit. Tout est plus impressionnant la vitesse, le vent, l’immensité du truc. On fait nos quarts plus ou moins, Nino plus, Émile et Alex plutôt moins. Les Pléiades annoncent Orion, celui-ci dévoile Tabite et ça nous fait rire. Il en faut peu. Emile au lever du jour fait son quart avec Alex pendant que Nino dort enfin un peu et laisse le navire à ses moussaillons. Le soleil se lève, la matinée s’annonce carrément ensoleillée. En partant de Paimpol, après avoir passé 4 jours au Port coincés par la tempête qui a reçu comme prénom Alex, oui, véridique, on avait presque cru qu’il allait pleuvoir non-stop, ben en fait pas.
Samedi 10, début d’après-midi, arrivés à Boulogne sur mer, claqués, après ces 28h de navigation, jour/nuit/jour enchaînés. C’est plein d’immeubles autour du port, et de fientes de mouettes sur le pont. C’était plus beau Paimpol. Élan de motivation pour Nino qui nous cuisine des oeufs, débouche les toilettes, pour cela il plonge dans l’eau froide et sale du port (héros !!). Émile va faire des achats en ville et Alex écrit la lettre de motivation d’Emile pour Verbier. Répartition des tâches, team-working. Ça marche bien dans l’équipe, on est complémentaires. On commande des pizzas à emporter sur notre Tiki. Un tiramisu maison, qui disparaît rapidement, et au lit tôt avec un début de documentaire.
3ème NAVIGATION
Boulogne – Dunkerque
40 miles / 10h
Dimanche 11, on se lève tôt et encore fatigués de nos deux dernières navigations, histoire d’avoir les courants dans le bon sens pour la matinée. Mais 8-9h de sommeil, ça ne compense pas une nuit quasi blanche, et du coup on signe un faux départ à 8h sur un échec d’allumage moteur. Nino est prêt à tout démonter en maudissant les soucis mécaniques qui arrivent le dimanche quand tous les magasins sont fermés. Il crie soudain « Mais quel con!! » et comprend l’erreur, une poignée pas repoussée en avant, c’était juste ça. Alors on démarre et on s’en va et sort du port au poil, manoeuvres tip top, réveillés ou pas, on gère. Nino soudain nous balance un « Mais quel con! » numéro deux, il annonce qu’il a oublié la combinaison de plongeur qui séchait à la capitainerie pour la nuit !! Avant de se rendre compte, quelques heures plus tard qu’il l’avait pris. Elle est bel et bien dans le bateau. « Mais quel con ! » Alex lui renvoie. On n’était définitivement pas très réveillés.
Beaucoup de houle, on navigue au travers, je crois, je me rappelle plus tout à fait, mais les hublots latéraux sont sous l’eau et donnent l’effet d’être dans un sous marin. Échec de la cuisine au four, ça bouge et ça gîte trop pour que ça fonctionne. Alex fait deux tentatives, Nino s’y met, gros retour de flamme sur lui, Alex est prête à dégommer la couverture de feu, mais tout est sous contrôle, et en fait, la tartiflette à la cocotte minute, c’est super bon, ça réchauffe, c’est gras et ça tient au ventre. On engueule un peu Charly qui ne barre pas toujours droit, Alex galère à saisir la logique de la bête, c’est où l’avant et c’est où l’arrière, quand le truc tourne, et que le vent il tourne aussi. Nino trouve des manières inédites pour expliquer, quitte à devoir faire des petits bateaux en papiers sur une boussole dessinée dans un cahier pour que ça finisse par entrer. Un capitaine au top. L’après-midi est gris, mais sec. Les courants basculent et on avance de moins en moins vite, mais on avance quand-même. On aperçoit Dunkerque au loin, des cheminées, de la fumée et de gros bâtiment noirs sur une eau verte et un ciel gris, il y a comme un petit air post-apocalyptique d’un monde de demain qu’on ne souhaite pas ni pour nous ni pour nos enfants.
Arrivée dans le port sportive, avec à nouveau beaucoup de vent, on affale le yankee et la trinquette en luttant, cheveux et moustache au vent, sous un rayon de soleil, moteur, affaler la grande voile et l’artimon, Émile et Alex deviennent de plus en plus efficaces sur les manœuvres de chat et les descentes de ponton à la Jack Sparrow. Arrivés claqués à 18h02, Alex se motive à cuisiner un riz légumes. Avec du harissa et du soja, le riz c’est assez magique. Dyson a un coup de barre, il a l’air mort mais apparaît soudain à table, dévore par magie son assiette puis redisparait. Dyson c’est le petit nom de Nino quand il mange plus vite que son ombre. On se pose au lit, on ne sera pas sortis du bateau de la soirée. De toute façon dehors ça à l’air moche et dans Tiki on est bien. Lecture à voix haute au lit. La horde, ils contrent le vent comme nous.
4ème NAVIGATION
Dunkerque – Oostand
27 miles / 6h30
Lundi 12, une navigation courte nous attend. Alex déjeune à la tartineflette, une tartine avec le reste de tartiflette en guise de garniture. Départ en musique et au soleil, à l’heure cette fois (hey ouais), Aznavour, Emmenez-moi. Pas bcp de vent, on chill, on chante, vieilles chansons françaises, Piaf et autres Aznavour. Chansons de marins, on s’engage dans la marine marchande. Ça vogue au portant, on fait des empannages bien gérés. Poséidon nous envoie un phoque qui vient vérifier ce que l’on fait. On grimpe au mât, des vrais pirates. Les toilettes sont rebouchées, les aléas de la vie nomade. Ça traine, on lance un petit moment le moteur, et on arrive à Oostand, qui de loin n’est pas beaucoup plus jolie que Dunkerque. De longues barres d’immeubles, des usines, un port industriel. Mais on est enfin en Belgique alors on fait le ménage sur le bateau rapidement et on va tester les bières belges en terrasse. On s’amuse de notre mal de terre, les rues tanguent, et nous aussi. Les gens masqués dans la rue, c’est gris, silencieux. Trop silencieux après avoir eu le vent et les vagues toute la journée dans les oreilles. C’est trop calme. J’aime pas trop beaucoup ça. Je préfère quand c’est un peu trop plus moins calme. On trouve de quoi manger les fameuses « mitraillettes », viande, frites, du gras, on y revient. Explication sur la prochaine grande navigation vers la Hollande avec le cap sur la Duvel mais la ligne qu’on prend ce sera le couteau et la fourchette qui se croisent, et on prend pas les canaux, on est des Marins ou pas ?! Retour titubant, posés sur un banc, on est bien là, allez, bouge, on sera mieux dedans.
Journal de bord Alex: y a un moment, je sais plus exactement quand, en allant trafiquer le moteur Nino a laissé tombé une pièce dans la cale sous la cale (cale inception). Pour la récupérer, soit on démonte tout, une 20aine de vis pour enlever le plancher, bref relou, soit on plonge la main dedans, mais c’est trop bas, même pour les grands bras de ces deux grands suédois. Alors, là le capitaine il a eu une idée géniale, m’y plonger tête la première, moi et mes petites épaules, en me tenant par les pieds. Bon challenge de spéléo-acroyoga, ça fait un peu peur, ça nous fait surtout beaucoup rire, et puis ça fera un bon souvenir, allez, je m’y colle. Heureusement que j’ai une confiance absolue dans la capacité de Nino à me porter, tracter, tirer. Ou quand l’acroyoga devient un atout en récupération de pièces dans les cales de cales.
.
5ème NAVIGATION
Oostand – Amsterdam
110 mN / 27h
Réveil à 8h, mal de tête, il pleut, difficile à se lever, la fatigue. On traine un peu. Mais pas trop. Émile prend un ferry pour aller acheter un guide de la Hollande, Alex s’occupe des achats en ville et du stock de clopes mais les boulangeries font pas de gaufres le matin à notre grand désarroi. Nino à nouveau débouche les toilettes, deuxième plongée en port, Héros x2.
Départ vers 11h, il pleut plus tant que ça au final. Gap spatio-temporel entre 11h et 16h30. Puis Nino cuisine un riz. On oublie un peu de manger quand on navigue. Ça avance au ralenti , le près c’est pas marrant. Lumières du soir, un oiseau s’échoue lamentablement dans notre cockpit, il sèche ses ailes, c’est pas un oiseau de mer ça, et on est bien loin de la terre. On se réjouit d’en faire notre ami, on l’observe. Mais la nuit tombe, le vent change, coup de jus pour un changement de voiles, virement de bord, je sais plus, on s’emmêle les pinceaux un peu, ça fuse, l’oiseau est blessé dans la mêlée, il s’est mis à courir partout en même temps ce con, on est trop malheureux pour lui, on l’emballe et le met au chaud. Cette nuit-là, on est au milieu des routes de cargos qui vont à Rotterdam. Nino en compte 43 en montant au mât ! Des champs d’éoliennes rouges qui clignotent. Tard dans la nuit ou tôt avant le jour, Émile appelle Nino « y a un bateau qui se rapproche! » « Beaucoup? » « Oui beaucoup » « ah ouais putain ». Mais en fait il bouge pas lui, il est au mouillage, comme plein d’autres qu’on croyait bouger, c’est pas si clair à voir au loin et les jumelles sont vraiment trop mauvaises. On est passé vachement prêt. Ça fait un peu peur. Depuis Alex appelle Nino dès qu’un bateau vient vers nous même si encore bien loin. On sait jamais. La nuit est froide, on se prend des vagues dans la tronche, pchhhhhst, pchhhhhst, allez encore une pour bien te réveiller. On essaie de faire des vrais quarts et dormir par tranche de 2h, mais pour Nino c’est plutôt des tranches de 20 minutes. C’est tellement le combat pour se rhabiller qu’on préfère parfois ne pas se déshabiller complètement et laisser ses bottes et ses pieds hors du lit, ou dormir au sol pour ne pas tremper les coussins. Les pieds, ils ne se réchauffent pas, même après 2h dans le sac de couchage.
Humides, froids, fatigués, la nuit est longue. « Mais qu’est-ce que je fous là ?! » On se le dit pas mais on le pense tous à un moment donné je crois. Il faut virer pour éviter le champ d’éoliennes. Ça avance pas au près, ça zigzague. Le jour se lève enfin sur Nino et Alex, avec la lumière et un peu de chaleur l’espoir revient, les forces un tout petit peu, le sourire aussi. La lune et une étoile font un clin d’œil sur un fond bleu ciel et sombre dégradé. Un nuage en forme de dragon, ou de canard de bain très énervé. Notre ami l’oiseau n’a pas passé la nuit, tristesse, on le dépose à l’eau avec une larme à l’œil, au revoir, désolé, en vrai on voulait te sauver. Du café et des œufs, ça réchauffe le cœur. Il fait de plus en plus jour, le champ d’éoliennes, il est toujours là ! On a tourné autour mais ça n’avance pas. On vire encore, vérifie le tracé sur la carte, on est revenu en arrière, on tourne en rond. C’est quoi ce triangle des Bermudes de près et de courants contraires? Nino a une idée, il affale la trinquette et le yankee et hisse le génois lourd risé. C’est pas mal mais c’est pas encore ça. Il dé-rise. C’est pas ça. Re-riser s’avère un combat avec le vent qui le fouette et fait échapper le point d’écoute de sa main. Allez, tu peux le faire. Ok, on allume le moteur. ll aurait fait quoi Tabarly?! How to navigate on a ketch sur Youtube ne nous aide pas, y a pas de réseau au large. Longue mâtinée, siestes alternées. Sauf pour Nino, lui il ne dort pas.
Arrivée mercredi 14 à Amsterdam à 13:30. Enfin à terre, après 27 heures de lutte, écroulés au soleil sur le ponton. On va prendre des douche chaudes, ça tangue, visages en feu ! Etre propre c’est assez magique, et le chauffage au sol on n’en parle même pas, quelle merveilleuse invention. Départ pour un coffee shop et des fish and ships, bienvenue en Hollande. Les meilleurs fish and ships de ma vie. On était affamés aussi. Retour au bateau, on joue aux dés, aux 10’000, Émile triche encore, eh mille encore et deux milles et bam dix milles pour Émile. Un chocolat chaud à la casserole et on s’endort à 20h devant ce documentaire, qu’on n’aura toujours pas fini, et dont j’ai oublié le nom de l’auteur.
EPILOGUE
Le bateau va hiverner en Hollande, il a l’air content là-bas, la suite du convoyage vers la Norvège se fera au printemps, quand la météo sera plus clémente et les hirondelles de retour des pays chauds. L’équipage de ce premier convoyage du Tiki s’est avéré une équipe qui fonctionne tip top malgré le peu (voir pas) d’expérience des deux matelots. Une super bonne ambiance et cohésion d’équipage, malgré les vagues dans la tronche, le froid, la pluie et autres imprévus, on en redemande et on ne se déteste pas encore, bien au contraire. Le Tiki c’est la vie!
The more places you see, the more things you see that appeal to you, but no one place has them all. In fact, with the more things you see, each place has a smaller and smaller percentage of the things you love. It drives you, even subconsciously, to keep looking, for a place not that’s perfect (we all know there’s no Shangri-La), but just for a place that’s « just right for you. » But the curse is that the odds of finding « just right » get smaller, not larger, the more you experience. So you keep looking even more, but it always gets worse the more you see. This is Part A of the Curse.
Part B is relationships. The more you travel, the more numerous and profoundly varied the relationships you will have. But the more people you meet, the more diffused your time is with any of them. Since all these people can’t travel with you, it becomes more and more difficult to cultivate long term relationships the more you travel. Yet you keep traveling, and keep meeting amazing people, so it feels fulfilling, but eventually, you miss them all, and many have all but forgotten who you are. And then you make up for it by staying put somewhere long enough to develop roots and cultivate stronger relationships, but these people will never know what you know or see what you’ve seen, and you will always feel a tinge of loneliness, and you will want to tell your stories just a little bit more than they will want to hear them. The reason this is part of the Curse is that it gets worse the more you travel, yet travel seems to be a cure for a while.
None of this is to suggest that one should ever reduce travel. It’s just a warning to young Travelers, to expect, as part of the price, a rich life tinged with a bit of sadness and loneliness, and angst that’s like the same nostalgia everyone feels for special parts of their past, except multiplied by a thousand.
Unknown author
La malédiction du voyageur
Plus vous découvrirez d’endroits, de lieux et de mondes différents, plus vous verrez de belles choses, et certaines vous plairont. Aucun endroit cependant ne les contient toutes. En fait, plus vous découvrirez, plus vous aimerez, plus le pourcentage de ce que vous aimez diminue à chaque endroit que vous explorez. Cela vous poussera, même inconsciemment, à continuer à chercher, pour un endroit non pas parfait, car nous savons tous qu’il n’y a pas de Shangri-La, mais juste pour un endroit qui vous conviendra. Mais la malédiction veut que les chances de trouver « juste ce qu’il faut » deviennent plus petites, pas plus grandes, au fur et a mesure que vous chercherez. Vous continuerez à chercher encore toujours, mais le fait même de chercher contribuera à amenuiser l’essence même de ce que vous cherchez. C’est la partie A de la malédiction.
La partie B concerne les relations. Plus vous voyagerez, plus les relations que vous entretiendrez seront nombreuses et profondément variées. Mais alors, sur l’échelle d’une vie, plus vous rencontrerez de personnes, plus votre temps sera diffus avec chacune d’entre elle. Étant donné que toutes ces personnes ne peuvent pas voyager avec vous, il deviendra de plus en plus difficile de cultiver des relations à long terme à mesure que vous voyagerez. Pourtant, vous continuerez à voyager et à rencontrer des gens incroyables, et cela vous plaira, mais finalement, ils vous manqueront tous, et beaucoup auront presque oublié qui vous êtes. Et puis, un jour, vous compenserez cela en restant assez longtemps quelque part pour développer des racines et cultiver des relations plus fortes, mais ces personnes ne sauront jamais ce que vous savez ou ne verront jamais ce que vous avez vu, et vous ressentirez toujours une teinte de solitude, et vous chercherez à raconter vos histoires juste une fois de plus qu’ils ne voudront les entendre. La raison pour laquelle cela fait partie de la malédiction est que la situation empire à mesure que vous voyagez, mais voyager semble être un remède pendant un certain temps.
Rien de tout cela ne signifie que l’on devrait jamais réduire les déplacements, les voyages, les explorations. C’est juste un avertissement aux jeunes Voyageurs, de s’attendre à une vie riche de rencontres et d’expériences, riche de vécu, de vie, mais également teintée d’un peu de tristesse et de solitude, d’angoisse parfois, en quelque sorte la même nostalgie que tout le monde ressent pour des parties spéciales de leur passé, sauf multipliée par mille. Telle est la malédiction du voyageur.