La pluie, la mécanique vélo, les petits pépins et les jours sans / bad days

Parce que les réseaux sociaux nous invitent à ne montrer que le plus beau, parce qu’en vrai, on essaie aussi parfois de les chasser de nos souvenirs, on serait parfois tenté d’oublier les difficultés, les petites galères du quotidiens et de l’aventure. Ces moments où l’on est perdus, ou bien quand les vélos n’en font qu’à leur tête, qu’il n’y a nulle part ou camper, les moments où l’on galère et on se demande ce que l’on fout là… Ce genre de moment où notre enfant intérieur aimerait bien juste appeler sa maman pour qu’elle vienne le chercher.

Le voyage à vélo, c’est l’aventure, et l’aventure, c’est chouette; mais, en Colombie, à partir d’avril, c’était aussi le début de la saison des pluies. En théorie, ce n’est pas tant gênant pour pédaler, vu qu’il ne pleut que quelques heures par jour, il suffirait de passer entre les gouttes. En pratique, il y a aussi les heures de midi ou il fait plus de 30°, à éviter, et le soleil qui se couche tôt. Il fait nuit noire à 18:00. Tout ceci laisse, pour pédaler, quelques heures le matin, de 6h à 10h, et quelques heures l’après-midi, disons de 15h à 18h. Et dans cette tranche horaire-là, il faut aussi compter le temps de trouver un endroit ou camper, monter le camp, cuisiner au feu, puis le lendemain matin le démonter, sécher la tente si la nuit a été humide – voir torrentielle. Bonne chance pour trouver entre deux le matin ou le soir un peu d’énergie pour s’étirer, faire du yoga, ou masser les muscles fatigués. Donc en réalité, nous avons régulièrement pédalé sous l’eau, k-way, masque et tuba, ou pédalé de nuit, à la lampe frontale, avec un gilet jaune pour être visibles par les camions, qui eux aussi, roulent de nuit. Je n’ai pas beuacoup de photos de ces moments-là, comparé aux moment de soleil et de paysages sublimes, mais ces moments-là ont bel et bien existé. La pluie, de temps en temps, ce n’est pas désagréable, mais quand les journées de pluie ou s’enchainent, que ni la tente ni les habits ne sèchent, et qu’à chaque pause le vélo se  transforme en étendoir à linge, le moral des troupes en prend quand-même un coup. Puis des petits soucis avec nos amis les insectes; entre les sandflies, les moustiques et autres, j’ai passé certaines semaines à me gratter constamment les jambes, chevilles ou bras, me sentant comme un sac à puces. Le sommet de l’inconfort insectal, pour moi, aura été la découverte d’un parasite se déplaçant dans mes orteils puis passant sous ma plante de pied, petit souvenir ramené d’Amazonie, qui aura nécessité une consultation médicale et un traitement de choc type vermifuge.

Ensuite, il y a les petits soucis mécanique vélo. Un pneu qui crève, des freins qui font des variantes à tantôt trop ou trop peu serrer, une selle qui s’en va, les vitesses qui ne passent plus, un câble qui lâche. Il y a eu aussi parfois obligation de traverser une ville. Nous avons eu le malheur de devoir traverser Bogota, 8 millions d’habitants pour un trafic chaotique, il y a de quoi se faire des sueurs froides. Une autre difficulté du voyage à vélo, les erreurs de planification d’itinéraire, quand on s’attend à un dénivelé et qu’au final on se retrouve face au double ou au triple, peuvent également éreinter. Les faux itinéraires, qui nous amènent sur des routes qui n’existent pas et forcent à rebrousser chemin, sont également une épreuve de patience et de lacher prise. Les routes colombiennes, c’est aussi le choix entre une route bien asphaltée, mais des camions tout du long, ou une route sans camions et sans circulation, mais sans goudron. Le choix est parfois cornélien. A savoir que le réseau routier est peu développé, et le réseau ferroviaire inexistant, tout le transport se fait par camion. Des bons gros camions à l’américaine, quant ils passent à côté du vélo, mieux vaut garder sa ligne. Et puis, voyager à vélo, c’est aussi se faire agresser par tous les chiens de garde devant lesquels on passe. Heureusement la plupart du temps c’est juste de l’intimidation, mais quand on a pas l’habitude, ça fait tout à coup faire des pointes de vitesse bien plus vite. Trouver un endroit pour camper s’est aussi parfois avéré être un challenge, la plupart des champs étant solidement barbelés et fermés. Survivre à un premier voyage à vélo, c’est aussi apprendre à trouver son rythme, et faire des pauses pour permettre au corps de s’adapter et aux muscles de se former. Sauf que quand on ne les connais pas encore, ses limites, et bien au début, on force trop, avant de savoir ce qu’on peut encaisser ou pas, et s’adapter. Ne pas oublier que comme dans chaque sport, le repos fait aussi partie de la planification de l’entrainement. L’alimentation aussi doit être adaptée. Les premiers temps, je faisais pas mal de pics d’hypoglycémie, heureusement, la goyabada, une pâte de pulpe de fruit et de sucre, ou des bananes, me permettaient de reprendre du poil de la bête. Il y a aussi les jours où on se demande ce qu’on fait là, quel est le sens de tout ceci. Les jours où notre partenaire de voyage nous exaspère et les moments où  l’on n’a plus rien à se dire. C’est aussi cela, la réalité du terrain. Le voyage à vélo, c’est intense, dans les bons comme dans les mauvais moments. Comme toujours, ne jamais se fier aux apparences, ne pas trop croire aux images mangifiques postées sur instagram et aux visages souriants. La difficulté, parfois, est bien là.

Mais, malgré tout, ces problèmes restent, comme j’aimais à les appeler, « des problèmes de riches ». En vrai, nous n’avons subit aucun grave accident, nous avions à tout moment la possibilité financière de pouvoir se loger, se nourrir, se soigner voir même rentrer si besoin, et fort heureusement, la violence est tourjours restée hors de notre route. J’ai voyagé avec un petit bouquin que j’aime beaucoup, et qui m’a souvent aidé à relativiser, le « Petit traité de l’Abandon » du philosophe suisse Alexandre Jollien. Une invitation au lâcher-prise, à faire un pas en arrière pour observer ce qui nous arrive et comment on y réagit. Accueillir la vie et son flot d’émotions telle qu’elle est, et grandir avec elle. Merci Alexandre.


Because social medias invite us to show only the most beutiful, amazing and epic, because in reality, that’s actually what we do with our memories sometime, trying to remember only the good times and chase away the difficult ones, after a while, it’s pretty easy to forget about struggles, pain, difficulites of adventure. Those moments when I felt lost, or when the bike just do what it want, when there is nowhere to camp, when I ask myself what I am doing here… those kind of moment when my inner child would like just to call mom to bring me back. 

To travel with a bike is an adventure, adventure is rad, fun, a life changing experience; but, in Colombia, from april, it’s the rainy season as well. Theoretically, it’s not a problem, because it’s not raining all day long but just a couple of hours here and there. We could just bike inbetween. In practice, there are, as well, other time not optimal for biking, for exemple in the middle of the day when the days turn warmer and warmer and it’s more than 30° celsius, and after 6 PM because it’s already the night.  What means, you should bike in the morning, let’s say between 6 and 10, and later in the afternoon, between 15 and 18. In reality, you need as well time to found a place to camp, set up the tent, cook, and if the night was rainy, to dry the tent in the morning. You have to force yourself to you find time in the morning and night to stretch a little bit, do some yoga or massage your tired muscle. So, in reality, we frequently used to bike under the water, with raining coats, mask and tuba, and used to bike during the night time as well, with a headtorch. I don’t have many pictures of those moments, compared to sunny ones and blissful landscacpes,  but they were real, they were there. And rain, time to time, it’s ok, because it’s not a cold rain like in europe, but when rainy day are following each other, none of your equipment will dry, from tent to shoes to clothes, and for sure you will feel it’s influence on your mood. Then some struggle with my insects friends; sandflies, moskitoes and other, during some days I was just scratching like a fool, feeling like a street dog and being afraid to open my skin scratching too much and then get into an infection, in that constant humidity. The highest point of discomfort was for me the day I discover that a parasite was wandering under my sking, from one toe to the other, a souvenir of amazonia probably, what needed to consult a doctor and take a strong anti parasite treatment.

Then, let’s talk about bike mechanic. A tire that goes flat, breaks that don’t respons as they are supposed to, breaking too much then not enough, a saddle that goes away, gird that doesn’t switch well, a cable that break. Time to time you need to go through a city as well. We had the bad time of our life going through Bogota, 8 millions people, and a chaotic traffic, enough to make you afraid for your life on your small little yellow bike. Another difficulty of travelling with bike are when you make an error in planing your itinerary. You are ready for a high difference and you find yourself doing twice that one, or even more. Maps.me sometime bring us to some roads that were not roads, or to a close fence. Colomiban roads are as well the permanent choice, or dilemma, between an nice asphalted road, with plenty of traffic and trucks – because they don’t have train, everything is transported by trucks – or a quiet little road without trucks, but without asphalt as well, and that maybe will bring you to nowehere. And dogs, dogs barking everytime you pass close to a home, to a field, to a property, 20 to25 times a day, barking and running after you. Mostly it was intimidation and we never were bited, but still, it make you suddenly go very fast and increase your heart rate. To find a place to camp could be times to times a struggle, as kind of all the fields are close or fulled with cows, and that in mountaint, when it’s not flat, you don’t have room for your tent. To survive to a first bike trip is, as well, take time to find your rythm, take restdays to permit to your body to adapt and to your muscle to change. But, in the beginning, the very beginning, you won’t know your limits, what means, you probably need to go close to it or to overpass it to be able to recognize your limit and then adapt the load of your training. Like in all sports, never forget that planning decrease of intensity and restdays are part of the plannification  Food have to be adapt as well. At the beginning of my trip, I often went into hypoglicemias, hopefully, goyabada, fruit pulp with sugar, or banana helped me to prevent or treat those. With all of those difficulties, some days, I was asking myself what I was doing there, what was the sens of that. Some day, travelling with bike with someone since monthes, you can even ve exhausted of your partner or feel like you don’t have anymore something to tell to each other or to share. That’s the reality of travelling with bike. It’s intense, in good as in bad times. So, like everytime, don’t trust the pictures on facebook, don’t think all the trip was only smiling faces and beautiful landscapes. Difficulty is real. 

Still, those problems were, finally, as I like to call them  » problem of rich peoples ». We never went into bad accidents, we all the time had the financial ability to take a room in a guesthouse, to eat, to have medicine or treatment, and even to go back if wanted or needed, and violence was never on the same road as we were. I travelled with a small book from a swiss philosoph that I really love, Alexandre Jollien, combining zen and bouddhist ideas and concept with ancient greek philosophy, and the struggle to apply those precept in real life. An invitation to let it go, to surrender to life and just look at that from behind, to observe what happen, our feelings and though, and try to live better with that and to grow as a better human. Thank you Alexandre.

 

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Escalada / escalade / climbing

L’escalade aura été une expérience assez hétéroclite en Colombie. Les deux premiers sites que nous avons visité, La Mesa de Los Santos et Suesca, nous ont permis de faire de belles rencontres, de grimper des voies intéressantes et de différents niveaux.  Les trois sites suivants, Payandé, Juntas et El Penol se sont révélés plus compliqués. Payandé nous est d’abord apparu comme un petit paradis de nature, avant de se révéler être un peu trop sauvage. Chutes de pierres, attaques d’abeilles, mouches de sable, tout ceci loin de la civilisation et d’éventuels secours en cas de pépins. Puis nous avons peu pu profiter des deux autres sites à cause de la pluie. Une difficulté également a été le manque d’information précise. Depuis la Mesa de Los Santos, nous n’avons pas vu un seul topo, mis à part le topo dessiné à la main par notre ami Carlos qui connait ce site comme sa poche. Nous avons également eu quelques difficultés avec les cotations des voies qui étaient parfois peu cohérentes et rencontré peu de grimpeurs locaux qui auraient pu nous aiguiller. Le manque d’information et d’infrastructure, certains sites « péteux » m’ont permis d’apprécier l’énorme travail que fournit les clubs alpins suisses et français pour nous fournir des voies d’une belle qualité par chez nous. J’ai également bien rigolé à Suesca devant le panneaux annonçant qu’en cas d’urgence, il y avait Rico pizza, le camp de base ou les pompiers. Ça nous est d’ailleurs arrivé une fois appeler le service de pizza. Comme quoi.


Climbing would have been an heterogeneous experience here in Colombia. The first two crags that we visited, La Mesa de Los Santos and Suesca, made us meet good peoples, climb sweet routes of different levels. The three next ones, Payande, Juntas and El Penol where for us more complicated. Payande first appear as a forgotten paradise of nature, but soon getting regularly attacked by sandflies, wasps, with falling stones and sketschy routes, turned more into a hell. Then the other sites, arriving on rainy season, were often humid, and didn’t had easy routes for me and my reconvering wrist. A difficulty was the lack of informations. Just one of those 5 sites had a guidebook, and often were the grad not consistent. We didn’t met lots of local climber as well, that could have help us for that. This lack of information and infrastrucure made me realize how much our swiss and european alpin club work all the year long to provide us safe and quality climbs. I had a good laugh as well when I saw in Suesca an information board with number to call in case of emergency: Rico Pizza, Base Camp and firefighter. Actually, we needed once to call rico pizza, and thankfully never the two others.

El bobo mira y el mundo gira

Juntas, un petit village de montagne ou nous avons passé une semaine. Un coin reculé, quasi aucun gringos, des touristes colombiens le week-end et plus ou moins personne la semaine. La dame qui tenait l’auberge où nous étions avait l’habitude de travailler durement, je la voyais s’activer toute la journée, faire le feu, la cuisine, gérer la maison, s’occuper de sa mère malade, des animaux de la basse-cour, canards, poules, cochons, les 5 chats de la maison (“ es la casa de los gatos aqui”) et du chien Luca – qui soit dit en passant adorait dormir dans le four à arrepas, des galettes de mais et de fromage. Bref, le genre robuste, montagnarde, rustique et de prime abord même un peu rustre. Au début de la semaine elle ne nous a pas adressé la parole, sauf éventuellement pour me dire de ne pas toucher les chats

« No toca los gatos! Mira y no toca. No me gusta que tu tocas los gatos ».

Puis petit à petit, à force de se côtoyer, elle a finit par s’ouvrir, échanger quelques mots, quelques conseils cuisine. Jusqu’au jour ou mon compagnon de voyage et moi étions accoudés à la barrière, plongés dans l’observation d’une poule et de ses 8 poussins qui alternativement grimpaient sur son dos, se cachaient sous ses ailes puis sortaient la tête entre les plumes. A ce moment, la dame passe à côté de nous, et nous dit  » Que mira!? », « Que regardez-vous?! » ,sur un ton autoritaire.  « La gallina con los gallinitos », « La poule et ses petits », avons-nous répondu. Et la, elle lève l’index vers nous, prend un air sérieux et nous dit

« El bobo mira; y el mundo gira »

c’est à dire  » L’idiot regarde; et le monde tourne » puis s’en va en éclatant de rire. Elle a continué à pouffer pendant une bonne dizaine de minute, en avait même les larmes aux yeux. C’est à ce moment-là que l’on s’est dit qu’elle nous avait adoptés. En effet, à la fin de la semaine, au moment du départ, elle nous demandait quand est-ce que l’on reviendrait.


Juntas is a small mountain village where we spent one week. A place where colombians tourist used to come for week-ends, but where we didn’t meet any gringos. The lady who managed the guesthouse used to work hard all day long, take care of the fire, cook, clean the house, take care of his old mother, of animals of the farm, ducks, chicken, pig, the 5 cats of the house (“es la casa de los gatos aqui”) and of the dog Luca – that love to sleep in the arrepa oven. A strong and robust mountain woman, rustic and maybe a little rude at the first impression, didn’t talk to us at all at the first days, excepted to tell me not to touch the cats.

« No toca los gatos! Mira y no toca. No me gusta que tu tocas los gatos ».

Then, slowly and slowly, she began to be more open, exchange some words, give some advices for cooking. Until a day where my partner and I were leaning on the fence, observing the chicken and its 8 chicks, climbing on her, then hidding below her and their little head emerging out of the feather. At this moment, the lady came and ask us  » Que mira!? », « What are you looking?! » with an authoritarian ton”,.  « La gallina con los gallinitos », « The chicken and her chicks », we answered. Then she raised her finger, looked at us with a straight face, and tell:

« El bobo mira; y el mundo gira »

What means “ the dumb is watching; and the world is turning.” then went away, laughing out loud for a couple of minutes, and even had tears of laugh in her eyes. At this moment we realized that she adopted us. Indeed, at the end of the week, when we had to leave, she already asked us when we plan to come back.